Dans le cadre de
(John) Coltrane 100
Robin Verheyen, Joey Baron et Bram De Looze revisitent le trésor caché, l’enregistrement le plus mélancolique de Coltrane
(JOHN) COLTRANE 100 : HOMMAGE À L’UN DES PLUS INFLUENTS INNOVATEURS DU JAZZ
L’AB, Bozar et le Kaaitheater s’associent pour rendre un hommage unique à John Coltrane, l’un des plus influents innovateurs de l’histoire du jazz. Coltrane a façonné à partir de son saxophone (une invention belge d’Adolphe Sax) un son signature absolument inimitable.
Son œuvre prolifique fait désormais partie du patrimoine sacré : “Many artists achieve greatness but very few produce work that is so moving that it’s considered sacred.” À l’occasion du 100e anniversaire de Coltrane en 2026, nous rendons hommage à son héritage à travers une série de spectacles de danse, de concerts, de projections et de rencontres avec des artistes.
19:00-19:40
PROJECTION : JOHN COLTRANE - LIVE A COMBLAIN-LA-TOUR (1965, RTBF, 38 MIN)
John Coltrane ne s’est produit qu’une seule fois en Belgique, mais pas au Bozar de Bruxelles où presque toutes les icônes du jazz de l’époque – Miles Davis, Thelonious Monk ou Billie Holiday – ont triomphé. C’est dans le pittoresque village liégeois de Comblain-La-Tour qu’il s’est illustré.
Pardon ? C’est en effet là qu’a eu lieu en 1959 le tout premier festival européen en plein air, organisé par le vétéran de la Seconde Guerre mondiale Joe Napoli (USA). Pour récompenser l’hospitalité locale, il a fondé, des années plus tard, un événement caritatif afin d’aider à réparer le toit de l’église paroissiale. Entre 1959 et 1966, ce Festival International du Jazz a accueilli des grands noms du jazz tels que Chet Baker, Nina Simone et, le 1er août 1965… John Coltrane.
Ces enregistrements historiques ont non seulement immortalisé le seul passage de Coltrane en Belgique, mais constituent aussi les toutes dernières images filmées du Quartet classique de Coltrane, avec Elvin Jones, McCoy Tyner et Jimmy Garrison.
Cette interprétation intense et physique – on perçoit littéralement la vapeur qui s’échappe de leurs corps – montrait un groupe à un tournant de sa carrière. Quelques mois plus tard, le quartet se séparait à la suite de divergences artistiques.
19:50-20:00
MUSICAL PRAYER/ODE TO TRANE: Alice Coltrane - Ohnedaruth (1968)
Pour donner le ton, nous écoutons ensemble, lors de chaque soirée (JOHN) COLTRANE 100, une ode musicale à “Trane” qui marque profondément les esprits.
Un an après la mort de son mari, Alice Coltrane a fait ses débuts avec l’album A Monastic Trio (1968), enregistré dans leur studio à domicile à Dix Hills, Long Island, New York. La phrase qui ornait la pochette – “This music is dedicated to the mystic, Ohnedaruth, known as John Coltrane” – indiquait clairement que cet album avait un effet cathartique, avec des titres tels que Gospel Trane ou I Want To See You. Pour compléter son trio monastique, elle a collaboré avec des musiciens issus du cercle intime de John Coltrane: le saxophoniste Pharoah Sanders et le bassiste Jimmy Garrison (du Quartet classique de Coltrane).
Alice a enregistré le morceau d’ouverture spirituel Ohnedaruth, mot sanskrit signifiant compassion et surnom spirituel adopté par John Coltrane durant les dernières années de sa vie, à peine six mois après la disparition de son mari. L’écrivain influent LeRoi Jones a écrit dans les notes de pochette: “Ohnedaruth swings in actuality, because it was chanted a lot by John while working together with his group. It has John’s body in it. His carrying rhythms.”
20:00-20:45
RAPHAEL ROGINSKI
Le musicien polonais Raphael Roginski (PL) voulait depuis toujours devenir sculpteur, jusqu’à ce qu’il découvre la guitare. Il s’est entraîné comme un forcené et a un jour confié à l’hebdomadaire polonais Polityka qu’il jouait de la guitare “like wild meat, shamelessly and greedily till blood was pouring from my fingers”.
Aujourd’hui, il n’en reste pratiquement plus aucune trace. Le jeu de guitare sur ses derniers albums est gracieux et méditatif, avec un clin d’œil au primitivisme américain. Pitchfork : “Roginski has developed a singular and unmistakable style of solo electric guitar. His playing is spare, yet his fingerpicking can make it sound like there are four hands working in tandem; it can be hard to believe that there are no overdubs.”
Sa foule de fans a été ravivée par la réédition de son album Plays John Coltrane and Langston Hughes en 2015. Pitchfork décrit cet opus comme “Roginski’s masterpiece”. Mais ceux qui s’attendent à reconnaître des classiques de Coltrane comme Naima, Mr. PC ou Countdown – tous issus de Giant Steps, le premier album de Coltrane contenant ses propres compositions – ou encore Blue Train, en seront pour leurs frais.
Pitchfork : “It would take an Olympic leap of imagination” ou “In some cases, even the tonal connection is as tenuous as spider’s silk”. Ce qui rend bien sûr les interprétations de Roginski d’autant plus uniques. Un vrai régal, car (JOHN) COLTRANE 100 ne cherche pas des imitateurs, mais des innovateurs qui explorent plus avant la voie tracée par Coltrane.
JOHN COLTRANE - CRESCENT (IMPULSE! A-66, 1964)
En 1961, le magazine américain de jazz de référence DownBeat a publié une critique de concert cinglante à l’égard de John Coltrane (accompagné d’Eric Dolphy). Le critique John Tynan : “I listened to a horrifying demonstration of what appears to be a growing anti-jazz trend exemplified by these foremost proponents of what is termed avant-garde music. I heard nihilistic exercises of the two horns .… Coltrane and Dolphy seem intent on deliberately destroying [swing].”
Cette réputation de musicien "difficile" poursuit Coltrane encore aujourd’hui. Et ce, alors que son œuvre comprend une série d’albums d’une beauté apaisante. Il suffit de penser au magnifique Ballads (1963), à ses collaborations avec, entre autres, le baryton Johnny Hartman (1963) ou la légende Duke Ellington (1963), ainsi qu’à Crescent, joyau méconnu de son œuvre sorti en 1964.
Sorti à peine six mois plus tard, le magnum opus de Coltrane, A Love Supreme, a directement éclipsé Crescent. All About Jazz : “Coming so close in the Coltrane chronology to A Love Supreme, Crescent tends to get lost in the slipstream.” Jazz Desk : “Crescent is of equal importance even if it has become somewhat overshadowed by the following masterpiece: A Love Supreme.”
Les amateurs de Coltrane considèrent Crescent comme un trésor caché. (John) Coltrane 100 met donc délibérément Crescent à l’honneur dans une reprise de…
21:00-22:30
MiXMONK SUPREME PLAYS JOHN COLTRANE’S CRESCENT (1964)
MiXMONK Supreme (BE/USA) reste le trio hors pair composé du batteur américain Joey Baron (voir notamment Masada de John Zorn), du pianiste Bram De Looze et du saxophoniste Robin Verheyen (notamment un quart de TaxiWars aux côtés de Tom Barman ou, plus récemment, à l’AB avec Drew Gress et Billy Hart). À la demande de l’AB, MiXMONK Supreme réinterprète Crescent, qualifié de “Coltrane's criminally underrated record” (Everything Jazz) et de “Coltrane’s most melancholy record” (Penguin Guide to Jazz). Alors que Coltrane a enregistré cet album avec son célèbre Quartet classique, MiXMONK Supreme s’y attaque en trio.
MiXMONK Supreme élargit un peu plus l’horizon en rendant également hommage à l’œuvre du pianiste Thelonious Monk, qui a eu une influence considérable sur Coltrane, comme ce dernier l’a lui-même affirmé dans DownBeat en 1960 : “Working with Monk brought me close to a musical architect of the highest order I felt I learned from him in every way - through the senses, theoretically, technically. I would talk to Monk about musical problems, and he would sit at the piano and show me the answers just by playing them.”
Bien que Crescent de John Coltrane et Thelonious Monk forment le pilier historique de ce projet, MiXMONK Supreme présente également de nouvelles compositions originales. Leurs propres compositions rendent hommage aux racines du jazz tout en se tournant vers l’avenir.
Line-up :
Robin Verheyen : saxophone
Joey Baron : batterie
Bram de Looze : piano