Avec 10 acts belges fièrement affichés sur la line-up, les fans de musique d’ici sont plus que servis.
C’est la Semaine de la Musique belge : l’occasion parfaite de mettre encore plus en lumière notre délégation belge à BRDCST. Des trios aux frontwomen qui cassent tout en solo, de la transe de l’écoute profonde à l’avant-pop sans frontières. La Belgique au sommet, tout le week-end.
Fenne Kuppens : solo, au plus calme
Dans le podcast KUNST, KUNST en nog eens KUNST, Fenne Kuppens (frontwoman de Whispering Sons) confiait : “J’ai toujours rêvé de faire un album solo… Je vais juste y travailler dur.” Fin 2025, elle a déjà présenté quelques try-outs inattendus, et soudain, on a découvert une facette qu’on ne connaissait pas : apaisée, épurée, fragile, introspective.
BRDCST lui a immédiatement proposé une résidence de cinq jours dans notre tout nouvel AB Salon. Elle y travaille de nouvelles pièces, affine ses chansons et transforme son trio (avec Kobe Lijnen et Nelle Bogaerts) en quintette. BRDCST sera le moment où ce travail pourra se dévoiler pour la première fois.
KVR : STUFF. x Jameszoo, pour les fans de Thundercat, Hudson Mohawke & The Comet Is Coming
KVR réunit Lander Gyselinck (batterie) et Dries Laheye (basse) de STUFF., avec Niels Broos, claviériste de Jameszoo. De Standaard a salué leur “mix d’électronique, de grooves et de batterie croustillante” dans une critique 4 étoiles.
Au printemps 2026 arrive Spam Vol.2, avec des titres délicieusement courts (Bleit, Tankje, Hey) et encore plus d’espace pour les groove nerds et fétichistes du rythme. Bonus : avec trois dates, Gyselinck transforme avril 2026 en mois AB. Mais à BRDCST : KVR, point.
Youniss : une avant-pop qui refuse d’obéir
L’Anversois Youniss Ahamad change de genre comme d’autres changent de playlist : de la dance cérébrale de ses débuts au post-punk/hip-hop/noise sur White Space (2023). Un album traversé par l’esprit de ses ancêtres, ses racines de la Côte d’Ivoire à l’Irak, et la réalité de structures coloniales qui continuent de s’infiltrer.
Au printemps 2026 sort Good Effort!, avec un nouveau shift : cette fois vers le jazz, ou, comme il le situe lui-même : quelque part entre l’ère To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar, Flying Lotus et Slauson Malone. Le single Gits Worse (avec Petite Noir) a été décrit par Clash comme “avant-pop that refuses to obey genre lines.”
Berlinde Deman : concert de minuit au serpent
Berlinde Deman est la tubiste attitrée du Flat Earth Society Orchestra et navigue avec aisance entre jazz, théâtre et classique. Mais à BRDCST, elle va encore plus loin : avec le serpent, instrument à vent rare du XVIe siècle qu’elle explore de manière obsessionnelle depuis des années. “Les nombreux sons subtils de cet instrument sont vraiment magnifiques”, dit-elle. Cette sonorité poussiéreuse et chaleureuse est au cœur de son travail solo.
Sur son premier album Plank 9 (Relative Pitch Records, 2025), elle teste, avec serpent et boucles/électronique, les limites de la lenteur. Loin du vacarme quotidien. Elle le formule avec une précision rare : “Nous vivons dans un océan de bruit… Je joue d’un instrument qui date d’une époque sans électricité… où le volume du monde était selon moi bien plus faible. Je souhaite vraiment intégrer cette quiétude dans ma musique.”
À vivre lors d’un concert de minuit dans notre nouvel AB Salon, pour celles et ceux qui veulent entrer doucement dans la nuit.
Klinck Trio : supergroupe belge de deep listening
Le Klinck Trio fait partie de ces rares groupes qui ne placent pas le silence “entre” les notes, mais à côté. Adia Vanheerentals (sax/voix), Maya Dhondt (piano/voix) et Elisabeth Klinck (violon/voix) construisent une musique improvisée contemporaine où chaque pause a du sens.
The Wire écrivait : “These three musicians… play so quietly as to draw their audience into a kind of deep listening trance. Their dreamlike electroacoustic compositions connect contemporary chamber, improv en avant pop.” Leur magnifique premier album My Hair is Everywhere est sorti sur le label gantois VIERNULVIER Records : une exploration intime de la vulnérabilité.
Frederik Croene : concert matinal avec une “Trilogie du désespoir”
Frederik Croene interroge l’identité du pianiste classique via une pratique à la frontière de la virtuosité et de l’expérimentation. Avec Sans Retour (cortizona, 2025), il clôt sa “Trilogie van Hopeloosheid” : six pièces pour piano accompagnées de vidéos de Karl Van Welden, comme un in memoriam dédié à des pionnier·es de l’aviation morts en crash.
Les récits sont à la fois absurdes et bouleversants : Yukio Seki (premier pilote kamikaze), Bessie Coleman (première femme pilote acrobate afro-américaine brevetée), ou encore Richard Russell (a.k.a. Sky King). Croene lui-même a même pris l’avion pour Tokyo afin d’envoyer en Belgique des pochettes vides de Sans Retour depuis différents bureaux de poste : chaque pochette devient unique, marquée par d’éventuels dégâts, timbres ou cachets. Sans adresse de retour, volontairement. Un concert du matin à ne pas rater dans notre nouvel AB Salon.
Julia Eckhardt : du fieldwork musical
Julia Eckhardt est musicienne, chercheuse à la VUB, et co-directrice artistique de Q-O2 à Bruxelles. Elle évolue dans l’art sonore avec une évidence rare et cela se remarque aussi à l’international : “The results of Eckhardt's combination of field recordings, photographs and viola improvisations are testament to her diverse talents and imagination.” (All About Jazz)
À BRDCST, elle présente Blanca (Another Timbre) : huit compositions courtes, nées d’une résidence dans la petite ville espagnole de Blanca. Chaque jour, elle marchait sans plan ni destination, réalisait des enregistrements de terrain et des photos, puis enregistrait une improvisation à l’alto qui captait l’énergie du lieu.
Joseph Branciforte & Jozef Dumoulin : Fender Rhodes, totalement réinventé
OK : Joseph Branciforte est américain, mais ce duo est aussi une vitrine belge via Jozef Dumoulin (BE/FR), pilier de la scène jazz/impro européenne depuis des années. Ensemble, ils signent Iterae : une conversation musicale profonde autour du Fender Rhodes, où la technologie ne verrouille pas l’improvisation, mais l’ouvre.
The Wire résume, tout en sobriété : “Glitchy, fragmentary, repeating and arrhythmic and about as far from 1970s Herbie Hancock as it’s possible to imagine.”
Grégoire Gerstmans : un minimalisme capable de tout arrêter
Le pianiste liégeois Grégoire Gerstmans possède une force presque absurde : quelques notes suffisent, et on dirait que le monde frénétique s’arrête net. Son premier album Hypnagogie (entre l’éveil et le sommeil) a été repéré par une presse qui n’exagère pas facilement : Les Inrockuptibles parle d’“une beauté à tomber”. Magic RPM : “The magnetism of these scores is hard to explain.” Indiepoprock va encore plus loin : “Each note seems to have been stolen from another dimension.”
Pendant BRDCST, Gerstmans joue chaque jour dans notre tout nouvel AB Antenna. Notre conseil : casque sur les oreilles, yeux fermés, et dos ostensiblement tourné au monde extérieur.