Une soirée consacrée à l’œuvre de la grande dame de la musique électroacoustique
Cet événement s’inscrit dans le cadre du programme de concerts BRDCST, un face-à-face entre artistes hors du commun et un public avide de découvertes. Un voyage à travers une musique qui dérange, surprend et marque durablement les esprits.
Attention, seulement un nombre limité de billets est disponible.
Le 23 février, Éliane Radigue, l’une des principales compositrices françaises de ces dernières décennies et l’une des pionnières de la musique électronique, s’est éteinte à Paris à l’âge de 94 ans. Elle a inspiré des générations entières d’artistes avec ses pièces méditatives minimalistes, reposant d’abord sur des bandes magnétiques et du feedback, puis sur un synthétiseur.
Pour lui rendre hommage, nous présentons la projection d’un documentaire qui lui est consacré, un live de Julia Eckhardt & Yannick Guédon, ainsi qu’une diffusion de l’une des œuvres acousmatiques de Radigue par Caroline Profanter. Immergez-vous plus profondément dans la vie et l’œuvre d’Éliane Radigue grâce à cette biographie, cet article, cet article de The Quietus et ce numéro de The OCCAM Ocean Issue.
Projection : Éliane Radigue, l’Ecoute Virtuose / Virtuoso Listening (réal. : Anaïs Prosaïc, 2011, France, 61 min., VO, sous-titres : ENG)
Ce film esquisse un portrait intime d’Éliane Radigue, l’une des principales pionnières de la musique électronique. Le film revient sur ses débuts dans les années 1960 et 1970, lorsqu’elle travaillait avec le synthétiseur ARP 2500 et côtoyait des minimalistes tels que Terry Riley et La Monte Young. Par le biais d’interviews et d’images d’archives, le documentaire montre sa méthode de travail patiente, presque méditative.
La majeure partie du film suit l’interprétation de ses compositions instrumentales récentes lors du Spitalfields Music Festival à Londres, jouées par des musiciens contemporains et le collectif de laptop The Lappetites. Le film met en évidence la manière dont Radigue, entre-temps âgée mais toujours curieuse et présente, voit son œuvre reprendre vie grâce à d’autres artistes.
Julia Eckhardt & Yannick Guédon, Occam River XIX for viola and baritone
Julia Eckhardt (°Berlin) est altiste, curatrice et co-directrice artistique de Q-O2 à Bruxelles, où elle est active dans la musique expérimentale et l’art sonore. Elle a travaillé à l’international comme interprète et s’est constitué un vaste réseau artistique dans le milieu de la musique contemporaine.
Eckhardt est surtout connue pour sa collaboration longue et intense avec la compositrice Éliane Radigue, avec laquelle elle a réalisé de nombreux projets. Elle fait partie des premiers musiciens à avoir interprété les œuvres acoustiques de la série Occam Ocean de Radigue, contribuant à façonner ce nouveau chapitre de l’œuvre de la compositrice.
Sa connaissance approfondie de la pratique artistique de Radigue a donné naissance au livre Éliane Radigue – Intermediary Spaces/Espaces intermédiaires, qu’elle a élaboré en collaboration avec la compositrice. Outre son travail d’interprète, Eckhardt publie sur la musique, le genre et les pratiques d’écoute, et enseigne dans divers établissements.
Le travail de Yannick Guédon, compositeur, chanteur et performeur né en France, se concentre sur les variations subtiles de timbre, ainsi que sur les notions subjectives du temps et du silence. Il crée des environnements d’écoute dans lesquels le spectateur est invité à vivre le temps et le contexte dans lesquels se déroule l’acte musical, révélant les éléments sonores, visuels et lumineux.
Le principal instrument de ses projets est toujours le son, souvent amplifié par des questions liées au corps et à la présence de l’interprète dans le contexte spécifique où se déroule la performance. Il a récemment collaboré avec l’Ensemble Dedalus, d’incise, Catherine Lamb, Karl Naegelen, Laurent Pichaud, Éliane Radigue, Sébastien Roux, Marc Sabat et Laura Steenberghe.
L’œuvre Occam River XIX for viola and baritone fait partie de la série Occam, un projet continu (depuis 2011) d’Éliane Radigue dans lequel elle travaille exclusivement avec des musiciens acoustiques. Il s’agit d’un ensemble croissant d’œuvres pour soliste (Océan), pour duo (River) et pour ensemble (Delta), toutes développées dans une étroite collaboration individuelle avec chaque interprète.
Radigue compose sans partition écrite : chaque musicien apporte ses propres techniques, ses recherches sonores et son matériel, qui, sous sa direction, sont façonnés en une œuvre unique ne pouvant être interprétée que par cet ou ces interprètes spécifiques. Les sources décrivent cette série d’œuvres comme centrées sur la durée, les microvariations, le rôle des harmoniques et l’espace lui-même.
Caroline Profanter, Danse des Dakinis (1998, 24:32 min, performance acousmatique)
La Danse des Dakinis est sans doute la seule pièce de l’impressionnante œuvre de Radigue à être d’une nature aussi singulière. La pièce a été créée en 1998 à partir de bandes magnétiques qu’elle avait réalisées dans les années 1960, comme une sorte d’autoportrait sonore : une vision kaléidoscopique de sa sensibilité au son, un mémoire et un palais des glaces reflétant de manière prismatique les multiples facettes du "soi".
En raison des nombreuses périodes de sa carrière auxquelles elle fait référence, l’œuvre constitue un hybride fascinant. Des enregistrements de terrain du début des années 1960 (réalisés sur les côtes de la Méditerranée et près d’un ruisseau enregistré sur le campus du Mills College) se mêlent à des éléments de feedback datant de 1969 ainsi qu’à des interventions ultérieures sur son synthétiseur ARP 2500.
Distincte de son œuvre de composition plus vaste, mais néanmoins intrinsèquement liée à celle-ci, la Danse des Dakinis fait référence à la dakini : une déesse dans le bouddhisme vajrayana ou un démon féminin dans l’hindouisme. Le résultat ? Un lien intrigant entre des formes féminines sauvages et les éléments de la nature, qui, dans le bouddhisme — une force centrale dans la vie et l’œuvre de Radigue — représentent également l’absence d’ego ou d’obstacles mentaux, là où la nature elle-même se révèle.
Nous retrouvons ici la compositrice dans un état méditatif plus sombre, où elle mêle les sons de la nature avec ceux de son ARP et du feedback afin de créer un paysage intérieur complexe qui estompe les frontières entre abstraction et émotion brute, électronique et sons organiques.